Prologue

Prologue
La gorge de Madame de Jira ruisselait de diamants. Elle attirait les regards émerveillés et jaloux. La Dame le savait, et elle y prenait plaisir. Lors de la petite soirée qu'elle avait organisée entre élites du pays, elle allait d'un invité à l'autre, le port de tête fier et la poitrine en avant. Chacun d'eux la complimentait pour sa beauté et son élégance, mais en vérité c'était le collier qu'ils admiraient.
-Vous êtes vraiment éblouissante ce soir Madame, commençait un riche banquier.
-Ma cousine, ce collier vous va à ravir.
-Seulement le collier ?
-Euh, non... La robe également, bien sûr. Vous êtes merveilleuse.
La Dame gratifia son cousin d'un sourire puis elle lui tourna le dos. Elle alla à la rencontre d'un groupe d'hommes et de femmes amoureux des lettres et des arts. Ils ne manquèrent pas de lui parler de l'histoire légendaire du collier des Valemon.
-Avant la Révolution, ce collier a été porté par les plus grandes reines du pays, expliquait l'un d'eux.
-Pourquoi avant la Révolution ? lança une écrivaine. Ce soir encore, le collier est porté par une reine.
Le compliment était plus stratégique que sincère. Pensant qu'elle s'était attirée les faveurs de la Dame, l'écrivaine se permit une question sensible :
-Vous l'avez payé combien ?
Les invités se turent dans un rayon d'au moins trois ou quatre mètres. Tous tendaient l'oreille, tous remerciaient intérieurement l'écrivaine d'avoir posé la question qui leur brûlait les lèvres. La Dame promena son regard autour d'elle, savourant l'excitation qui brillait dans les yeux de ses invités. Puis elle revint à l'écrivaine.
-Vous êtes certainement au courrant, ce collier a été mis aux enchères, comme le reste des biens de la famille royale.
La Dame parlait d'une voix volontairement lente afin d'accroître la tension autour d'elle.
-Les enchères ont commencé à cinq cent mille. Et... J'ai payé un million.
Les yeux s'arrondirent, les bouches s'ouvrirent mais aucun son ne sortait. La Dame de son côté ne cachait pas son sentiment de triomphe. Elle regardait de haut ses invités, le sourire aussi éclatant que les diamants de son collier.
Plus tard dans la soirée, Madame de Jira rencontra un philosophe, assez âgé mais bel homme malgré tout et surtout étonnant de charisme. Il charmait les invités par le seul pouvoir des mots. Sa culture impressionnait les hommes de lettre presque autant que la beauté du collier.

Minuit sonnait et la soirée touchait à sa fin. Les invités quittaient le manoir par groupes de trois ou quatre. Seul le philosophe tint compagnie à Madame de Jira le reste de la nuit.

Le lendemain, des pompiers se précipitaient au manoir. Des flammes s'élevaient du toit, terrifiantes. On retrouva Madame de Jira mais pas le philosophe. La gorge de la Dame ruisselait de sang. Elle attirait les regards désolés ou répugnés. Elle n'en savait rien cette fois

# Posté le samedi 09 février 2008 07:28

Modifié le dimanche 10 février 2008 09:49

Chapitre 1

Chapitre 1
Dorian sentait du mouvement autour de lui, des pas précipités, des tiroirs qu'on ouvre et qu'on referme. Un verre se brisa quelque part, accompagné d'un « merde » sonore. Quelqu'un protesta, le merde se changea en « pardon ». Le plancher grinçait, les portes claquaient, des bouches bâillaient ou chuchotaient. Tout le monde était levé ou quoi ? Dorian songea qu'il devrait quitter le lit lui aussi. Mais son corps ne répondait pas. Encore un peu, suppliait-il, encore quelques minutes.
-Dorian ! tonna la voix du Chef. Qu'est-ce que tu fais encore couché !
Avant même que Dorian ne le réalise, il était debout. Son corps n'oublierait jamais la déverrouillée que le Chef lui avait flanqué un jour. Il préférait abandonner son matelas bien-aimé plutôt que de revivre ça.
-Habille-toi, ordonna le Chef. On part en mission.
-Encore ?
C'était la troisième fois en une semaine. A ce rythme-la, Dorian et son corps paresseux ne tiendraient pas le coup.
-Encore un mot de ce genre et je te renvoie de l'équipe –et à coup de pieds dans le cul !
Les mains de Dorian se précipitèrent vers un tiroir, à la recherche de son uniforme.
-C'était quoi ce bruit de verre brisé ? s'enquit le Chef, se désintéressant enfin de Dorian.
-Ce n'est rien Chef, répondit la voix de Neils, l'informaticien. C'est Aron qui ne contrôle pas sa force. Il a brisé un verre d'eau.
-Fais plus attention Aron !
-Oui, Chef, acquiesça une voix lourde.
Dorian était prêt. Il se tourna et retourna devant le miroir. La combinaison de tissu, de cuir et de métal épousait parfaitement ses formes, lui assurant une liberté de mouvement impeccable.
-Tu te trouves belle Dorian ? railla le Chef.
Le rose monta aux joues du subordonné. Il vira au rouge lorsque Aron et Neils se mirent à le siffler comme on sifflerait une pin-up. Dorian avait eu le temps de comprendre cependant qu'il valait mieux assumer son ridicule plutôt que de chercher à se défendre.
-Parfaitement ! Vous êtes jalouses de moi, hein ?
Aron et Neils pouffèrent de rire. (C'était ça l'élite des Chasseurs ? Des petits pois à la place du cerveau ?) Mais comme Dorian s'y attendait, ils l'oublièrent très vite.
Tous descendirent à la cafétéria avaler quelque chose. Le reste de l'équipe était déjà attablé. Avec le Chef, Neils, Aron et Dorian, ils étaient sept Chasseurs. Mano, le cuisinier, mangeait des céréales tout en préparant le café du Chef. Anita, la sniper, lisait le journal. Et Hécate ne mangeait rien, comme d'habitude.
-C'est sur cette affaire qu'on va enquêter ? demanda Anita, en désignant le journal.
-Oui, répondit le Chef. Merci pour le café Mano.
-Quelle affaire ? s'enquit Dorian.
Anita lui tendit le journal. La photo d'une femme, très riche à en juger par son collier de diamants, occupait la première page. « Madame de Jira assassinée, son manoir incendié, le collier des Valemon volé »

# Posté le dimanche 10 février 2008 09:50

Modifié le dimanche 10 février 2008 10:08

Chapitre 1 (partie 2)

Avaler quelque chose, c'était le mot. Dorian avait à peine commencé à manger que le Chef se levait déjà. Il avait bu d'un trait son café.
-On y va.
Les quatre agents de terrain, Aron, Anita, Hécate et Dorian se levèrent d'un bond, firent rapidement le tour de la caserne, rassemblèrent leurs affaires et sortirent. Seuls Neils et Mano restèrent à table.
-Vous revenez quand ? Dans une semaine ? s'enquit l'informaticien.
-Comment veux-tu que je le sache ? répliqua le Chef et il referma la porte derrière lui.
Les Chasseurs se déplaçaient dans un Xi-x, un monstre de métal monté sur six roues. Dorian n'en avait jamais vu de tel avant d'intégrer l'équipe. Et le plus surprenant, c'est que sous cette carapace d'acier se cachait un ami de la nature. Le moteur fonctionnait à l'eau.
Dorian aurait adoré prendre le volant, ne serait-ce que quelques instants. Le conducteur d'une telle bête devait se sentir invincible. Malheureusement la Xi-x était le bébé du Chef ; interdiction formelle d'y toucher.
Le subordonné s'installa à l'arrière, entre Anita et Hécate. Bien entouré ? Pas vraiment. La sniper avait la gâchette un peu trop facile au goût de Dorian et Hécate... Pour s'y intéresser, il aurait fallu aimer les planches à pain au regard morbide.
Le Chef s'installa le dernier, il posa les mains sur le volant (Grrr !) mit le contact et le Xi-x s'élançait à l'horizon, direction le manoir des Jira.

Sur le chemin, le Chef monta le volume de la radio. C'était les informations. Le journaliste annonçait que le diadème des Valemon avait été transféré au musé national. Sa protection avait été doublée depuis l'agression de madame de Jira.

# Posté le samedi 16 février 2008 06:18

Chapitre 1 (partie 3)

La famille De Jira devait sa fortune au marcher du vin et du tissu et plus tard à celui du fer, du bois et de l'or. Elle s'était installée dans le Sud, à proximité de ses vignes et de ses mines. Des villages entiers s'étaient construits autour du manoir : Maremo, Senada, Liéno... Les noms de ces villages, pour un étranger comme Dorian, évoquaient le soleil, les fruits, les oliviers et les plages grouillantes de jolies demoiselles.
Il fut surpris de découvrir des patelins balayés par le vent et la pluie. Aucune jeune fille ne vint accueillir les Chasseurs à l'hôtel, seulement un vieil homme recourbé sur sa canne.
-Touristes ? demanda t-il.
-Non, Chasseurs, répondit le Chef en présentant son badge.
-Combien de chambres ?
Dorian priait pour que le Chef commande des chambres individuelles. Cela les changerait des dortoirs de la caserne. Et il ne supportait plus les ronflements d'Aron.
-Vous avez cinq chambres ?
-Oui, monsieur.
Dorian poussa un cri de victoire intérieur. Sa joie fut de courte durée cependant. Le Chef demanda à ce qu'on monte les valises et il sortit, sous la pluie. Autrement dit, on ne pouvait pas visiter les chambres maintenant.

Il pleuvait toujours aussi fort. Dorian espérait que l'on remonterait dans le Xi-x, il dut vite déchanter. Le manoir était à deux pas de l'hôtel. Le Chef tint à ce qu'on y aille à pied. Toutefois, seule Hécate avait pensé à amener un parapluie (il fallait vraiment êre tordu pour penser à prendre un parapluie plutôt que des lunettes de soleil) Elle daigna abriter le Chef et Anita. Les autres, c'est-à-dire Dorian et Aron, durent se contenter de la capuche de leur uniforme. Ils arrivèrent trempés au manoir.

# Posté le mercredi 20 février 2008 10:38

Chapitre 1 (partie 4)

Chapitre 1 (partie 4)
Un enquêteur de la police, déjà sur place, tendit une main au Chef. Il la serra brièvement.
-Alors ? Qu'est-ce qui a incité la police à faire appel aux Chasseurs ?
-On a retrouvé quelques Effluves noires dans la chambre et la salle de réception. Un vampire peut-être, suggéra l'enquêteur.
Les Chasseurs appartenaient également à la police. C'était des spécialistes de la magie, noire comme blanche. On les appelait lorsqu'un sorcier ou des êtres tels des vampires étaient impliqués dans une affaire.
-Les vampires sont censés se tenir tranquille, informa le Chef. Un accord a été passé. Ils ne se nourrissent plus que de sang animal. En échange, ils peuvent faire de la politique ou devenir médecin.
-C'est pas moi qui prendrait un vampire comme médecin.
Contrairement à l'enquêteur, le Chef s'abstint de faire un commentaire. Il avait rencontré de nombreux vampires au cours de sa carrière, des mauvais comme des bons. Il se taisait par respect pour ces derniers.
-Montrez-moi ces Effluves.
-Tout de suite.
L'enquêteur conduisit les Chasseurs jusqu'à la salle de réception. Une fête avait été donnée récemment, nota Dorian. Il restait des plats de nourriture sur les buffets. Au-dessus des toasts planait un nuage noir. Le Chasseur tira l'appareil photo de son sac. Il mitrailla l'Effluve de flashs.
-Alors ? s'enquit l'enquêteur. Un vampire ?
-Je ne peux pas vous le dire, répondit le Chef. C'est vrai qu'elles ressemblent aux Effluves d'un vampire mais...
Un autre nuage flottait dans les airs, au centre de la salle. Le Chef l'effleura du doigt. Ses sourcils se froncèrent.
-L'Effluve est... comment dire... plus épaisse que celle d'un vampire. Mes doigts passent difficilement à travers. Et elle est froide, étonnamment froide.
-Pourtant les vampires sont les seuls à dégager des Effluves de couleur noire... non ?
Le Chef appela Hécate d'un regard. La jeune fille, âgée d'à peine dix-huit ans, n'avait pas eu besoin de passer par l'école pour intégrer les Chasseurs. Elle avait été recrutée pour ses étonnantes capacités.
A son tour, Hécate effleura le nuage du doigt. Elle sursauta, comme si elle avait été électrisée. Un peu de curiosité et de peur teintèrent son regard vide.
-Ce n'est pas un vampire, murmura t-elle.

# Posté le jeudi 21 février 2008 16:04